De la reconnaissance

Les femmes envoyées au front de cette épidémie (78% du personnel hospitalier, 90% des infirmières et aides-soignantes) seront-elles reconnues à leur juste valeur ou occuperont-elles aussi peu les livres d’histoire que les tirailleurs sénégalais?

En France, à chaque fois qu’une minorité risque sa vie, on a tendance à l’oublier bien trop vite.

Pandémie : Préparer l’après (partie 3)

Dans la deuxième partie de cet article, j’avais dressé un constat pas tellement réjouissant de ce qui nous attendait si nous restons passifs après le confinement. Attardons-nous à présent sur diverses solutions.

Les fausses bonnes idées

Je vous avais promis du positif… Mais me demander d’arrêter de râler c’est un peu comme me demander d’arrêter de respirer. Donc voici déjà ce en quoi je ne crois pas : trouver une planète habitable, orbiter dans une navette spatiale géante, créer des villes sur l’eau, mettre de la terre là où monte le niveau des océans, construire des digues géantes, repeindre tous les toits de Paris en blanc, provoquer un refroidissement climatique avec des produits chimiques libérés dans l’atmosphère, la terraformation, déclencher une guerre mondiale.

Pour moi, ces idées farfelues ne sont que de la poudre aux yeux, des concours de la plus grosse (fusée) entre milliardaires, du gâchis d’argent et d’intelligence que l’on pourrait employer à trouver des solutions efficaces. Voici à présent des pistes que je trouve intéressantes.

Chacun fait sa part

Énormément de scepticisme entoure ce concept : les diverses industries sont plus polluantes que la somme des consommateurs, et le capitalisme, nécessitant une croissance continuelle, est voué à nous faire détruire la planète _ et à nous auto-détruire par la même occasion. De nombreux citoyens baissent donc les bras, considérant que « ça ne sert à rien » et que l’action individuelle, en plus d’être une fausse solution, est un immense cache-misère veillant à responsabiliser les individus plutôt que les structures qui organisent notre mode de vie. De même que les citoyens qui s’abstiennent de voter, ces personnes s’abstiennent d’agir au quotidien, pensant ainsi tirer la sonnette d’alarme.

Je suis d’accord sur le fait que nous appliquons énormément de pansements là où il y aurait besoin d’une véritable opération. D’accord également sur le fait que les modes de production et notre économie doivent changer. Cependant, apprendre à moins et à mieux consommer _ quand nous pouvons nous le permettre _ vous sera bénéfique à tous les points de vue : finances, santé physique, santé mentale, qualité de vie. Vous vous sentirez sans doute plus en contrôle à de nombreux niveaux. A l’échelle collective, cela fera tout de même une différence. Rappelez-vous qu’un demi-degré de plus ou de moins aura une influence majeure sur l’écosystème. Pensez également à l’aspect éthique. Avez-vous vraiment besoin d’un nouveau téléphone fabriqué par des enfants de neuf ans? D’une nouvelle tenue de fête assemblée par des mères de famille sous-payées? De manger autant de viande? Sans changer radicalement de mode de consommation, vous pouvez dans un premier temps faire le point sur vos besoins réels. Il ne s’agit pas non plus de se culpabiliser à chaque fois, car nous faisons partie du système, que nous le voulions ou non.

De plus, si nous ne commençons pas à changer, qui le fera? Comment pourrons-nous argumenter nos revendications auprès des gouvernements et proposer de nouveaux modes de fonctionnement si nous-mêmes, nous n’avons aucune expérience ni aucune information sur ces manières d’agir? Pourquoi, alors que nous désirons une « vraie » démocratie, nous attendons « le bon » dirigeant? C’est à nous d’agir dans un premier temps, afin de savoir précisément par quoi nous voulons remplacer ce qui ne nous plaît plus. On dit souvent que la plupart des gens sont trop stupides pour avoir un rôle dans une démocratie représentative. Dans ce cas, discutons et éduquons-nous mutuellement.

Les moyens traditionnels

Les pétitions, les manifestations, se syndiquer, aider une campagne… Voici autant de moyens de tenter d’améliorer ou de conserver nos acquis sociaux. Nous avons tendance à nous sentir frustrés quand, après plusieurs mois de mobilisation active, des projets de lois sont maintenus ou des employés licenciés en masse. Cependant, regardez où nous en sommes, et comparez avec nos voisins anglais, ou mieux, avec les Américains. Peuvent-ils aller gratuitement à l’université? Peuvent-ils prétendre à une retraite correcte? Peuvent-ils se faire traiter pour le cancer sans passer des nuits blanches à craindre d’endetter leurs proches? Nous avons une réputation de râleurs, mais il faut reconnaître que cela nous a plutôt bien réussi jusque-là. Oui, le climat social français est souvent anxiogène, il existe des inégalités criantes, mais quand je pense à tout ce qu’on a déjà, je suis fière de vivre ici et que des personnes viennent du bout du monde pour venir partager ces valeurs avec nous.

On pourrait tout de même se poser légitimement des questions sur l’adaptation de ces moyens traditionnels au monde moderne : une grève affecte à présent plus les travailleurs que leurs patrons, les pétitions n’aboutissent que rarement à force d’en faire trop, la répression systématique des manifestants rend les événements publics de plus en plus impossibles, les jeunes sont de moins en moins syndiqués car sinon, c’est le chantage à l’emploi.

Il y a tout de même de nouveaux moyens de s’exprimer et des initiatives intelligentes. Souvenez-vous des milliers de chaussures disposées sur la place de la République en novembre 2015 pour protester contre la COP 21 quand Hollande avait interdit les rassemblements, ou encore de l’impact de #metoo sur Twitter, qui certes n’a pas changé grand-chose pour notre sécurité, mais a tout de même ravivé la solidarité entre femmes et a provoqué des prises de consciences parfois légères, mais significatives, chez de nombreux hommes. L’important dans tout combat social ou politique n’est pas simplement d’obtenir gain de cause _ trop long, trop frustrant _ mais aussi de se sentir moins isolé face aux injustices que nous subissons.

Dernièrement, manif.app a suscité l’intérêt de ceux qui souhaitaient manifester le 1er mai malgré le confinement. Utilisé également par les Gilets Jaunes, ce site permet de manifester anonymement par l’intermédiaire d’un avatar. Il s’agit d’une bonne alternative pour les personnes anxieuses, agoraphobes, asthmatiques, âgées, handicapées qui sont à présent exclues de ce moyen d’expression citoyen en raison de la violence croissante des répressions policières.

Les initiatives locales

Considérées à présent comme des « trucs de bobos », symboles parfois de la gentrification d’un quartier, les initiatives locales ont pourtant des origines ouvrières et populaires. Les jardins partagés, par exemple, permettaient aux ouvriers de se ressourcer, de se nourrir avec des aliments de bonne qualité, d’échanger entre eux, de s’approprier directement le fruit de leur travail, d’échapper quelques heures par semaine à la logique capitaliste, d’exercer leur corps autrement qu’à l’usine, de bénéficier d’un peu de nature même en milieu urbain.

Bien sûr, aujourd’hui, les travailleurs ont moins de temps. En revanche, il existe une catégorie de personnes non privilégiées qui, pourtant, ont du temps à revendre _ ou à s’approprier _ : il s’agit des chômeurs. Viennent ensuite quelques sans-papiers qui ont réussi à s’intégrer malgré tous les obstacles de leur condition. Privés de leur droit au travail, ils tentent de jouer un rôle positif dans la société en faisant notamment du bénévolat. A cela s’ajoute certaines personnes handicapées ou malades chroniques, trouvant parfois la force d’agir dans leur quartier ou sur Internet. Enfin, notre population vieillissante regorge de retraités engagés. Les étudiants, également, ont encore le luxe du temps, quand ils n’ont pas besoin de subvenir à leurs besoins.

Il reste donc une bonne partie de la population qui, bien que marginalisée, s’engage et se retrouve autour d’activités qui sont non seulement bénéfiques pour elle, mais également pour l’ensemble de la société.

J’ai cité les jardins partagés en exemple, mais il existe également des fablabs où l’on peut construire des objets, concevoir des sites Internet, apprendre à réparer nos outils technologiques. Des friches sont aménagées par la collectivité qui contiennent expositions de street-art, fermes pédagogiques ou encore bibliothèques collaboratives. Il y a quantité d’autres actions ciblées dont vous pouvez apprendre l’existence en vous baladant dans votre quartier, en contactant une association (même d’ampleur nationale) ou, qui sait, que vous pouvez créer vous-même…

Quelques concepts inspirants

J’aurais tellement aimé ne faire un article que sur ces sujets, mais je m’y connais si peu pour l’instant. C’est promis, je vais m’instruire et vous partager mes découvertes en retour. J’aurais par exemple voulu parler de permaculture, mais je suis incapable de former une phrase à ce propos. Vous trouverez mieux votre compte en allant chercher par vous-même.

Par contre, je ne peux m’empêcher de partager avec vous quelque chose de trop peu connu en ce moment : le low-tech. Il s’agit tout simplement de l’inverse de la high-tech : une technologie plus simple, plus accessible, moins gourmande en ressources, beaucoup moins chère car pouvant être produite par tout un chacun.

Je vous mets le site incontournable du low-tech lab ici, riche en explications éclairantes et en tutos fascinants.

Une révolution numérique?

« Progrès » est un mot fourre-tout dont on peine à se rappeler qu’il n’est ni positif ni négatif par nature. Si la fracture numérique est une réalité avérée en France, nos autorités s’orientent de plus en plus vers un « tout-numérique », surtout en ce qui concerne les démarches administratives. Ceci est très dangereux. En plus de réduire les contacts humains de personnes déjà marginalisées, cela tend à précariser encore plus celles qui ne maîtrisent pas la technologie. Or, on le sait, sans démarche administrative, on n’accède à rien en France. Titre de séjour, emploi, logement… Les analphabètes numériques seront exclus de tout cela, plus rapidement encore si l’extase face à la magie d’Internet lors du confinement nous fait perdre toute capacité de jugement.

Heureusement, nous sommes de mieux en mieux éduqués face aux nouvelles technologies. Les jeux pour apprendre à coder, comme CodeCombat, sont accessibles aux enfants de primaire. Des ateliers d’éducation à l’image se développent. Une infinité de cours gratuits sur le design, la programmation, l’interface humain-machine sont disponibles en ligne. La population en général est plus éveillée sur les dangers des réseaux sociaux pour la santé mentale. Les lanceurs d’alerte ont modifié en profondeur notre rapport à la technologie concernant nos données personnelles. Les fablabs dont je parlais plus haut éclosent à droite et à gauche.

Cette sensibilisation massive est sur la bonne voie. Cependant, un aspect de ce « progrès » demeure une véritable menace pour la démocratie : la bulle de filtres. Décrite en profondeur par Eli Pariser, militant pour la démocratie numérique, dans son ouvrage de référence The Filter Bubble, la bulle de filtres est ce qui nous permet d’accéder à un contenu en ligne personnalisé de plus en plus précis. Or, c’est ainsi que nous devenons enfermés dans une caricature de nous-mêmes, raciste, complotiste, extrémiste… Et que nous sommes de moins en moins tolérants lors de débats d’opinion.

Je l’avoue, mon opinion très tranchée est probablement le fruit de la filter bubble. Plus le temps passe, plus j’éprouve des difficultés à supporter des points de vue différents du mien. Ces derniers temps, grâce au recul du confinement, je me suis essayée à un exercice : parler avec respect à des internautes qui croient à des théories du complot. Très, très douloureux pour moi, car si je réagis souvent de manière agressive envers ces personnes, c’est parce que je me sens menacée. Je n’ai pas fait ça pour me donner bonne conscience, simplement parce que j’étais dans un contexte où je n’avais pas envie d’entrer dans une bataille d’arguments sans fin, simplement de mieux comprendre. Ça a plutôt fonctionné. Construire des ponts entre nous sans chercher à convertir les autres _ pire, à les insulter _ est la seule manière de lutter contre des radicalisations de toutes sortes.

Finalement, chaque personne se croyant tirée d’affaire est dans sa bulle. Il y a quelques semaines, je ressentais une telle rage, une telle frustration que je me suis dit : « sors, respire, arrose tes plantes, parle à ta famille, mais ne reste pas dans cet état. Tu ne veux pas devenir comme ça ». La lutte contre la radicalisation commence à l’intérieur de nous-mêmes. Je suis sortie de ma bulle une fois, il me reste à présent à pratiquer. Et vous, qu’allez-vous faire? Qui allez-vous écouter?

Une démocratie plus directe

Le pouvoir exécutif est très fort, peut-être trop en France. Les résultats des rares référendums ne sont pas respectés. Nous pourrions tester d’autres modèles de démocratie sans avoir à passer par une révolution. Ça pourrait commencer petit, par des manières de voter différentes dans des associations, des clubs, des écoles, des élections locales… A force d’essais, nous pourrions un jour trouver un système suscitant beaucoup moins de frustration et donnant réellement une voix à la population au lieu d’instaurer un jeu dangereux entre abstentionnistes et extrêmes une fois tous les cinq ans.

Pour que vous vous fassiez une idée des modèles possibles, je vous mets ici une vidéo longue d’une heure mais passionnante _ et drôle _ de quelqu’un qui a beaucoup, beaucoup bossé sur le sujet : il s’agit (encore) du Defekator.

Defekator : ils cherchent la démocratie, ça tourne mal!

Vers quoi pourrions-nous aller?

A la fin, il ne s’agit pas de « convaincre » le gouvernement, mais d’apprendre à être autonomes à l’échelle collective, à prendre les choses en main nous-mêmes : il n’y a pas de « fin » de l’histoire : non pas qu’on sera toujours en train de « nous battre », mais de construire notre société.

Voilà pourquoi il faut qu’on apprenne à se nourrir, à gérer la démocratie, à avoir la souveraineté sur nos corps, à s’éduquer mutuellement mais aussi par nous-mêmes, à gérer un budget, à prendre des décisions ensemble sans intermédiaire, à accueillir les étrangers, à prendre soin de la nature…

Vous venez de lire un article, que dis-je un roman en trois parties et vous avez probablement mal à la tête _ si vous êtes toujours là. Vous devez vous demander : « c’est bien, mais je commence par quoi? » Vous pouvez entreprendre une action très simple cette semaine. Si vous vous sacrifiez toujours pour des causes externes, vous pouvez vous forcer à prendre soin de vous, ne serait-ce qu’une minute. Si vous avez, comme moi, des difficultés de tolérance, vous pouvez faire un premier pas, réel ou virtuel, vers l’Autre avec un grand A. Si vous êtes sociable _ pas comme moi, donc _ vous pouvez vous renseigner sur les différents collectifs, associations, groupes d’entraide qui existent dans les environs. Si vous êtes passionné de code, intéressez-vous à son aspect éthique… Choisissez une cause en fonction de vos centres d’intérêt et de votre personnalité, si vous en avez le temps, l’argent ou l’énergie bien sûr. La construction d’un monde meilleur ne doit pas se résumer à une lutte, vous devez aussi y prendre du plaisir, gagner en confiance, vous sentir entouré.

P.S. : Si vous souhaitez protester contre une absence de protection de la part de votre employeur ou de l’État durant la pandémie ou contre l’homicide involontaire de l’un de vos proches pour cause de négligence, vous pouvez porter plainte ici.

Pandémie : Préparer l’après (partie 2)

Dans la première partie de cet article, j’avais mis en garde contre l’effet de sidération que provoquait la situation actuelle. Voici à présent ce pour quoi nous devons retrouver notre capacité à agir.

Veiller sur nous-mêmes

Mettre le masque à oxygène sur soi d’abord, c’est toujours le plus important. Pour soi, bien sûr, mais aussi pour les autres. Rester en capacité d’agir et de réfléchir nous permettra de ne pas céder à l’agressivité et de tenir bon face aux rumeurs et aux discours trompeurs.

Gestes barrières contre la connerie virale, par Defekator : ou comment conserver son esprit critique et protéger celui des autres pendant le confinement

Pour ça, il faut prendre soin de soi, veiller à sa stabilité mentale. Dans le monde d’aujourd’hui, c’est loin d’être facile. Le plus compliqué, en réalité, c’est de trouver l’équilibre entre vivre sa vie et militer pour construire un futur meilleur. Personnellement, j’ai beaucoup de mal à ne pas tomber dans les extrêmes : me consumer de colère et d’impuissance dès que je m’informe un peu ou me réfugier dans ma bulle. Or, j’ai l’impression que de nombreuses personnes aujourd’hui restent dans l’un ou l’autre de ces extrêmes : regardez à quel point le contenu sur Internet se radicalise, et à l’inverse la profusion de conseils bien-être, le succès des applications de méditation et des objets doux ou mignons en tous genres. La popularité soudaine d’Animal Crossing dès le début du confinement me semble en être un excellent exemple. Je ne juge personne, au contraire, je pense que l’on pourrait tous se soutenir pour trouver des manières d’équilibrer nos vies. Bonheur individuel et aspiration collective à une vie meilleure, un environnement moins toxique, un système plus juste sont pour moi intrinsèquement liés. Pourquoi toujours cette injonction à choisir son camp entre « détendez-vous, oubliez tout, profitez de l’instant présent » et « sacrifiez-votre vie pour la lutte sociale »? Je crois qu’il y a un juste milieu.

En revanche, ce à quoi je ne crois pas, c’est en la part du colibri. Certes, tout le monde doit « faire sa part », mais si le colibri ne pique pas les fesses des éléphants pour qu’ils aillent tout de suite puiser de l’eau dans leur immense trompe pour éteindre le feu, la forêt va cramer… Même si je trouve qu’il y a du bon dans la pensée de Pierre Rabhi et que j’ai apprécié la lecture de son manifeste, je ne peux pas m’empêcher de penser qu’il y a quelque chose de nocif sur le long terme à ne compter que sur les efforts individuels. Dans un style plus vicieux, les gouvernements utilisent souvent cela pour masquer leurs responsabilités, comme lorsqu’ils nous grondent quand le confinement n’est pas respecté alors qu’il ne tenait qu’à eux de nous éviter d’en arriver là…

Par contre, là où notre responsabilité est indiscutable, c’est dans le rapport que nous entretenons avec les autres, mais d’abord avec nous-mêmes. En cela, je rejoins de nombreux apôtres du développement personnel, de la méditation, de la communication non-violente. Oui, il faut se préserver soi-même, sentir nos limites, apprendre à nous détendre, mais aussi à dire non quand il le faut, auquel cas nous devenons agressifs et nous jetons nos émotions sur les autres. Combien de conflits, de guerres, de génocides auraient pu être évités si chacun _ dans les limites de ses capacités _ apprenait d’abord à s’occuper de soi…

Veiller sur notre démocratie

La disparition progressive de notre démocratie semble être la conséquence la plus frappante de l’application de la stratégie du choc dont j’ai parlé plus haut.

Pendant que les vidéos d’animaux gambadant en ville et de confinés prenant joyeusement l’apéro circulent, des drones sillonnent le ciel et peu de personnes s’en formalisent, ou du moins osent s’exprimer sur le sujet. Mais ces gadgets ne sont pas ce qui se fait de pire en ce moment. Par exemple, plus que jamais, on observe un déséquilibre criant entre contrôles policiers en ville et « interventions musclées » dans les cités.

L’émission « Ouvrez les guillemets » de Mediapart sur les violences policières

Or, comment se soucier de ces dérives plus qu’inquiétantes quand on se sent menacé et que tout ce qui compte, c’est que nous, on s’en sorte? Je me souviens notamment de ma propre réaction lors du discours de Hollande à Versailles après les attentats de 2015. Le matraquage médiatique, les gens qui hurlaient « on est en guerre!!! » sur les réseaux sociaux et mon propre traumatisme refoulé par l’injonction d’être un bon pigeon d’aller en terrasse m’avaient rendue vulnérable _ comme presque tout le monde en fait _ aux propos sécuritaires. Trois jours après le carnage, toujours sous le choc, j’ai bu ses paroles : « c’est trop bien, il nous protège. Oui, plus d’armes et de policiers c’est bien. Cool, ils vont pouvoir arrêter n’importe qui ». Évidemment, je n’ai pas pensé comme ça très longtemps. En revanche, on observe bien une modification de l’opinion publique au fil des années. L’état-d’urgence permanent, les contrôles abusifs, les « bavures » systémiques, l’irruption dans notre vie privée, les assignations à domicile de citoyens qui veulent juste sauver les animaux et des lois rappelant le Patriot Act américain ne semblent pas hanter les Français plus que ça.

Si avoir peur nous permet d’anticiper les catastrophes pour mieux nous y préparer, c’est bien. Or, « anticipation » ne semble pas être un mot que nos gouvernements successifs ont à cœur d’honorer. Par contre, si on nous terrorise pour que l’on accepte d’être protégés par un père de la Patrie tout-puissant là, ça devient problématique.

Veiller sur nos droits au travail

Nombreuses sont les personnes enthousiasmées à l’idée de généraliser le télétravail, surtout en région parisienne où la plupart des gens font parfois jusqu’à trois heures de trajet par jour. Toutefois, on peut s’interroger sur les conséquences d’un tel changement. Les employés seront-ils plus libres? On peut imaginer des dispositifs de surveillance plus exacts et plus insidieux que le pointage, l’open-space ou les caméras et micros cachés. Il pourrait y avoir obligation de laisser la webcam allumée, ou encore un compteur de temps de travail. Je manque d’imagination sur le sujet, mais je suis sûre que les entrepreneurs qui préparent « le monde de demain » eux, n’en manquent pas.

A propos des dérives possibles de la technologie liées au Covid-19, je vous conseille cet excellent article paru dans la revue Terrestres : Ne laissons pas s’installer le monde sans contact.

Quant à la dissolution progressive des droits des employés en général, j’ai déjà dit tout ce que je pensais dans la partie portant sur la stratégie du choc.

Veiller sur le système de santé

Un élément très positif de cette crise est la prise de conscience soudaine de millions de personnes des conditions de travail du personnel soignant. Heureusement, parce qu’avec une population vieillissante, une jeunesse de plus en plus malade et avec un environnement de plus en plus nocif, sans compter le réchauffement qui a déjà commencé et les futures pandémies, nous en aurons bien besoin. Il n’y a qu’à espérer que nous parviendrons à conserver et améliorer le système de protection médico-social, car qui dit fragilité sociale et économique dit également une plus grande exposition aux risques sanitaires. Dans l’idéal, il faudrait à tous un logement salubre, une alimentation de qualité, des conditions de travail décentes, moins de stress…

Améliorer la santé des gens, ce n’est pas seulement améliorer le système de santé en tant que tel, mais également veiller à ce que chacun puisse être dans un état physique et mental suffisamment sain et ainsi avoir moins besoin de consulter ou de suivre un traitement contraignant. Utopique, certes, mais dès que nous améliorions un aspect (plus de médicaments remboursés, assainissement de l’air, interdiction de certaines substances dans l’alimentation etc), cela en renforce automatiquement d’autres.

Quand on entend que les infirmières toucheront une prime, donc n’auront pas d’augmentation, cela a de quoi nous exaspérer. Cela fait des années que le personnel soignant fait la grève en travaillant, se trouve en première ligne d’un système défaillant et se fait gazer gratuitement. Toutefois, il est possible de les épauler par des actions locales, des comités de défense de tel ou tel hôpital. Cela ne modifiera pas le système en profondeur, mais si nous sommes nombreux, il est possible que les décideurs cèdent de guerre lasse.

Veiller sur la paix

Il suffit de lire La Rumeur d’Orléans d’Edgar Morin pour se rendre compte à quel point les gens peuvent se laisser mener par leur inconscient raciste ou antisémite même en temps normal, alors imaginez en temps de crise. En fait, vous n’avez même pas besoin d’imaginer, nos livres d’histoire et nos actualités en sont déjà pleins. Depuis le début de la pandémie, les actes sinophobes ont augmenté. Alors imaginez quand nous serons encore plus en difficulté. On entendra partout, encore plus qu’aujourd’hui : « en même temps, regarde tous les Noirs qui font la queue à la CAF » ou « il faut que les femmes voilées arrêtent de faire des gosses » ou « si Macron n’avait pas été l’ami des banquiers juifs, on n’en serait pas là ». Ces idées nocives, avec lesquelles les minorités ont dû apprendre à vivre, vont très vite se transformer en actes. Parce que, encore plus qu’aujourd’hui, les gens seront à bout. Parce qu’ils auront l’impression que leur santé / leur richesse / leurs aides sociales leur auront été prises par leur voisin chinois / juif / noir / arabe. Les gens n’auront plus rien à perdre, ils seront prêts à mettre le feu. Alors il y aura de nouveaux Ilan Halimi, de nouveaux incendies dans les restaurants chinois, de nouvelles agressions dans les mosquées et les kebabs.

Veiller sur la planète

Quelle que soit notre orientation politique et nos projets d’avenir, c’est bien là le plus urgent. Comme le disent souvent les militants écologistes, la planète survivra sans nous, mais nous ne survivrons pas sans elle.

Je ne pense pas avoir quoi que ce soit à vous apprendre, ni sur l’état de la Terre ni sur la manière de continuer à la rendre vivable. En revanche, je me demande comment nous ferons quand nous n’aurons ni air ni eau ni ciel ni terre? Est-ce que cet endroit que nous aurons déformé, battu, souillé sera toujours « chez nous »?

Les plus riches auront leurs bunkers moins réalistes que le monde de Oui-Oui, et les plus pauvres ne pourront plus respirer, plus boire… En fait, nous le savons tous, cela est déjà en train de se produire depuis plusieurs années dans diverses régions du monde. Ces derniers temps cependant, le contraste s’accélère. Le marché des purificateurs d’air et des carafes nettoyeuses d’eau est en pleine expansion… Avant, les personnes en situation de précarité avaient au moins le ciel. Qu’auront-elles après? Seront-elles toujours aussi sages, toujours aussi acceptantes, si nous leur enlevons le ciel, qui depuis le début de l’humanité a été le point de départ de nombreuses spiritualités? Quant aux privilégiés réfugiés dans des abris anti-réchauffement, se sentiront-ils toujours humains si ils perdent tout contact avec la Terre?

Dans cet extrait d’entretien, on peut se rendre compte à quel point la dégradation de notre planète ne profite à personne : il y a des dominants et des dominés, mais aucun gagnant. Quel que soit notre pouvoir, notre richesse, notre statut social, notre qualité de vie va indéniablement se dégrader.

Je pense alors à l’expression « élevage hors-sol » qu’utilise Pierre Rabhi pour parler de la condition des humains modernes : sans soleil, bourrés aux antibiotiques, foulant des surfaces artificielles, nous devenons notre bétail.

Quel rapport avec la fin du confinement? La stratégie du choc dont je parlais plus haut. A chaque crise économique majeure, nous nous rappelons soudain _ pour les profanes comme moi _ à quel point notre économie est virtuelle. L’argent peut faire des petits, la panique peut faire disparaître des milliards en une journée, les banques peuvent créer de la monnaie, les dettes majeures peuvent être annulées. Malheureusement, à chaque fois, on profite de l’inhibition temporaire de nos capacités de réflexion pour nous faire croire qu’il « n’y a pas d’argent magique »… Et de là nous matraquer de discours et de mesures d’austérité pour nous forcer à relancer l’économie. Or, relance de l’économie signifie augmentation de la production matérielle et de la consommation en général, et donc plus de pollution, comme en 2008… Donc pour l’instant, la nature reprend ses droits, mais nous devons rester attentifs au langage de nos dirigeants, aux nouvelles décisions prises par la France et l’Union Européenne, nous informer, discuter, réfléchir et au besoin nous organiser collectivement. Pour celles et ceux qui le peuvent du moins. Ce qui m’amène au dernier point, un peu plus positif je l’espère.

Pour réfléchir sur les solutions possibles, rendez-vous dans la troisième et dernière partie de cet article.

Pandémie : Préparer l’après (partie 1)

Disclaimer : Cet article n’est en aucun cas un essai rédigé par une doctorante en sciences politiques, mais simplement le produit de mon opinion personnelle.

Ces derniers temps, je me censurais car je ne voulais pas écrire sur le confinement. Il faut parler d’autre chose, non? D’un autre côté, bien que n’ayant ni télévision ni réseaux sociaux ni addiction au contenu sur Internet, j’ai décidé il y a peu de m’informer sur la situation, après une cure de trois semaines sans nouvelles. Et maintenant, je suis obsédée. Pas d’une manière malsaine, mais je m’interroge. Il est clair que le monde ne sera plus jamais le même. Ce qu’il sera exactement, on ne peut pas spéculer.

Alors, en tant que citoyens, à quoi doit-on veiller?

Prélude : la stratégie du choc

Étant une personne sensible, je ne suis sur aucun réseau social et je ne regarde jamais, jamais les informations. Ma seule manière de me tenir au courant est à travers mes amis et collègues, par des livres, ou encore en écoutant par accident la télé du café ou du kébab du coin. Pendant le confinement donc, je n’ai pas dérogé à cette règle, bien au contraire. Il fallait dans un premier temps que je me recentre sur moi…

Puis une personne de ma famille est morte du virus. « Heureusement » pour moi, je ne la connaissais pas très bien. Toutefois, le fait que ce phénomène atteigne la sphère familiale, même éloignée, m’a mise en état d’alerte. J’ai replongé dans les média avec lesquels j’avais rompu auparavant par instinct de survie : Médiapart, Libération, Usul, Le Média Libre…

En réalité, c’est cette vidéo qui a déclenché ma soif d’information :

Après le COVID-19 : La Stratégie du Choc, par la chaîne YouTube Partager c’est sympa.

Dans cette vidéo, le youtubeur nous rappelle la tactique décrite par la journaliste canadienne Naomi Klein dans son fameux ouvrage _ adapté en film si ça vous intéresse _ La Stratégie du choc. Les décideurs politiques profitent de l’effet de sidération provoqué par les moments de crise auprès des citoyens pour imposer leur politique néo-libérale et des lois liberticides. Cela s’est produit notamment après le 11 septembre, lors de l’éclatement de la crise des subprimes, suite à Charlie Hebdo, après le Bataclan… Et maintenant.

Ayant lu certains de ses livres, j’étais déjà familiarisée avec la pensée de Naomi Klein. L’analyse de Vincent Verzat, le vidéaste en question, me semblait d’autant plus crédible. Évidemment qu’un krach financier monumental était en train d’arriver sous nos yeux sans que cela soit notre priorité. Évidemment que la surveillance policière était omniprésente mais qu’étant donné les circonstances, on s’en formalisait à peine. Évidemment que la nature n’allait pas reprendre ses droits éternellement car il faudrait « relancer l’économie ». Évidemment qu’ils allaient nous obliger à être bien sages et à « faire des efforts » pour ressusciter une économie virtuelle, impossible à sauver par une conjonction de sacrifices individuels, à cause d’une crise qu’ils avaient provoquée par leur négligence _ le mot est bien faible _ pour laquelle et à cause de laquelle nous continuons à mourir. Évidemment qu’après les miettes de RSA et de chômage partiel données par-ci par-là aux gens _ ce qui vaut mieux qu’un pays sans aides sociales, entendons-nous bien _ ils allaient nous inciter _ nous, les Français!! _ à sacrifier nos congés payés.

Avant cette vidéo, je me disais comme beaucoup d’entre nous : « chouette, il y a moins de pollution », « chouette, les gens se rendent compte qu’ils ont un droit fondamental à profiter de la vie », « chouette, Macron a l’air de remettre en cause sa gestion désastreuse du système de santé »… Après la vidéo, j’étais gonflée à bloc. Passé ce moment désagréable, j’ai continué à m’informer, bien sûr, et surtout à réfléchir. Comment limiter la catastrophe socio-économique qui nous attend?

Je ne suis pas une professionnelle de la politique, encore moins de l’économie, mais je sais m’exprimer et je pense qu’il est de notre devoir de citoyens de nous informer mutuellement et d’échanger sur les dangers qui nous guettent et les solutions possibles. Cet article se veut un appel à la vigilance collective et à la préservation de soi. Rendez-vous dans la deuxième partie.

Les bonnes nouvelles du confinement

Polanski est enfin enfermé

Allez mon gars, courage, dans quelques jours tu auras dépassé les 45 jours que tu avais purgés avant d’être relâché pour « bonne conduite », puis de t’enfuir pour ne pas affronter ton procès! Et dans quelques semaines, qui sait, tu auras enfin dépassé les 90 jours que tu devais initialement passer en prison! Alors on prie pour que le confinement se poursuive! Mais on te comprend, tu es un mec bien au fond, tu saluais le gardien de prison tous les jours et avant ça tu disais même bonjour aux jeunes filles avec ton pénis! Tu as appris à la dure que trop de politesse tue la politesse, on te l’a fait payer et ça, c’est injuste.

La sélection naturelle bat son plein

Si vous vivez moins dans une grotte que moi, ce qui est fortement probable, vous avez sans doute entendu parler du CoronavirusChallenge. Vous savez, ces gens qui lèchent les barres de métro, les toilettes ou le sol pour choper le virus, et ramasser des millions de vues au passage? On espère juste qu’ils n’ont pas laissé de descendance derrière eux…

Les femmes peuvent porter le pyjama

On s’est battues pour pouvoir porter le pantalon, maintenant on doit lutter pour avoir le droit d’être ne serait-ce qu’une seconde imparfaitement habillée / mince / épilée. Enfin quelques semaines où on ne sera ni pas assez vendables, ni « négligées », ni trop salopes aux yeux de la société! Alors on profite et on tombe le soutien-gorge.

On peut manger notre gibier

Nos chats, poissons, crevettes et autres petits amis vont enfin pouvoir servir en ces temps de pénurie! En plus la SPA est fermée et on n’a plus de croquettes, alors… *

Des gens qu’on n’aime pas tombent malades

Comme Boris Johnson, premier ministre britannique, ou encore Nadine Dorries, ministre déléguée au secrétariat d’Etat britannique à la Santé. Je sais, je m’acharne sur le Royaume-Uni, mais comme ils ont cassé leur système médico-social à coups de marteau, on reregarde Moi, Daniel Blake en se disant que finalement il y a une justice. On le dit pas trop fort mais on savoure.

On « cultive son jardin »

Comme les protagonistes de Candide qui, à la fin de leur périple, se rendent compte que le monde autour d’eux est tellement pourri qu’il vaut mieux qu’ils ne pensent qu’à eux. On évite quand même de déléguer la tâche à des esclaves comme le faisait tonton Voltaire.

On peut manifester sans masque à oxygène

En gueulant à son balcon tous les soirs. On ne risque même plus d’être assigné.es à domicile, alors on fonce! Attention quand même aux drones tueurs.

C’est comme dans un film

Pénurie, scandales, mensonges d’État, des Chinois qui se font persécuter juste parce qu’ils sont chinois parce que « c’est normal on a tous peur », lois liberticides, surveillance omniprésente… Comme dans un vrai État militaire de film-catastrophe! C’est trop cool, non?

ET c’est comme des vacances

Les deux à la fois! Que demander de plus! Parce que comme à chaque vacances, le gouvernement en profite pour faire passer des lois et parce que comme en été, il fait déjà 25 degrés! La vie est belle, je vous dis.

La dictature, c’est super

Les experts en politique comme Astronogeek, youtubeur expert en… astronomie, sont formels. La Chine a trop bien géré la crise et la Chine s’occupe trop bien de la situation. C’est pour ça qu’on a une pandémie mondiale. C’est pour ça que le gouvernement chinois a censuré ses lanceurs d’alerte au début de l’épidémie afin que leurs esclaves leurs citoyens continuent à nous procurer des biens de première nécessité comme des smartphones, des godemichets et des coupeurs de courgettes. C’est aussi pour ça qu’ils ont réuni des centaines de personnes au même endroit pendant plusieurs semaines pour faire construire un hôpital parce que leur système de santé n’a aucune faille… Pour nous qui avions peur des régimes autoritaires et de leur multiplication sur la planète, voilà bien une nouvelle qui donne du baume au cœur!

Il n’y a que les vieux et les gros qui meurent

Moi qui suis obèse, je suis hyper rassurée. En plus c’est chouette, parce que j’ai perdu une personne de ma famille à cause du virus cette semaine. Elle avait 80 ans. Ça confirme la théorie! Super, non? Elle a survécu à la guerre, elle a survécu à un cancer, mais heureusement cette pandémie très bien gérée a eu raison d’une retraitée coûtant un pognon de dingue. Quant à moi, je devrais me réjouir : je vais enfin pouvoir accomplir mon devoir de citoyenne en mourant! Un RSA de moins! J’avoue que mon absence d’utilité dans la société commençait à me peser, alors si je peux rendre service…

*désolée.

Vidéo sale. Très sale.

Après quelque temps à ne pas oser toucher à une caméra, voici un mini-métrage expérimental pour continuer à créer, que ce soit beau ou non.

J’ai enfin reçu ma carte SD hier, alors je ne vais pas me gêner pour commencer à tourner. Pendant toutes ces années, dans les différentes écoles, on insistait sur la perfection, sur la qualité, sur le travail de professionnel. Ça m’a complètement bloquée et j’étais désespérée de ne pas pouvoir créer, après tant d’années d’études. Donc je me lance, même si ce n’est pas le meilleur matériel, pas les meilleurs réglages, pas la meilleure lumière.

J’espère que ça vous donnera, à vous aussi, l’envie de créer même si ce n’est pas parfait. Quand on entend les meilleurs artistes nous dire qu’on fait avec ce qu’on a, que ce n’est pas grave et que chacun est unique, surtout eux, on a vite fait de se sentir complexé.e. Donc voilà, je vous fais cadeau de mon œuvre non aboutie pour que vous puissiez vous dire : « hé, mais je peux faire mieux qu’elle! Allez je me lance ».

Ne me remerciez pas.

P.S. : mettez le son à fond, il n’est pas très fort.

Photomontage : grotte stellaire sur Photoshop

A mes heures perdues (très perdues en ce moment) je m’amuse sur Photoshop ou d’autres logiciels de retouche photo. Voilà donc une de mes petites créations que j’avais envie de partager avec vous.

Confinée, Marine Le Pen lègue sa fortune à S.O.S. Racisme

Aujourd’hui à 14 heures, la présidente du Rassemblement National a annoncé publiquement qu’elle léguerait l’intégralité de ses biens à « une cause qui à la lumière des événements récents prend tout son sens ». Analyse et témoignage.*

Vendredi 20 mars 2020, 15h30. Depuis mon appartement parisien, je commence ma visioconférence avec Mme. Le Pen à la recherche d’explications pour cette réaction pour le moins surprenante. Après quelques bugs, c’est une femme affable et visiblement apaisée qui apparaît sur l’écran. « On voit bien que vous n’êtes pas du Figaro », dit-elle avec un sourire avenant. Je ris de bon cœur à sa plaisanterie.

S. BEN SIMON : Mme. Le Pen, pouvez-vous nous expliquer ce qui a motivé ce beau geste altruiste?

M. LE PEN : Oh vous savez, ce n’est vraiment pas grand-chose (rires). Les résistants ont fait bien plus pendant la guerre… Ils ont sauvé des vies au péril de la leur, ce n’est pas rien.

S. B. S. : … Vous admettez donc l’existence des camps?

M. L. P. : Quand on est confiné avec sa famille, on est forcé d’ouvrir les yeux sur certaines choses, que cela nous plaise ou non. Notamment sur les croyances que nous ont inculquées nos parents et les schémas que nous répétons à l’âge adulte… Et puis je n’avais pas grand-chose à faire et il y avait une rediffusion d’Au revoir les enfants sur France 2. Je ne sais pas si c’est à cause de l’épidémie, mais ce film a remué quelque chose en moi… Je vais vous faire une confidence : il m’a émue aux larmes. Quand j’ai éteint la télévision, je me suis assise en silence. J’ai regardé mon gel hydroalcoolique et j’ai pensé à la mort.

« J’ai regardé mon gel hydroalcoolique et j’ai pensé à la mort. »

Marine Le Pen pour L’Humanité

S. B. S. : Et de l’antisémitisme, vous avez pensé au racisme en général?

M. L. P. : Plus ou moins. En fait, comme je mange très peu pour ne pas entamer mes réserves depuis quelques jours, je suis dans un état mystique semi-permanent. Beaucoup de questions existentielles se bousculent dans mon esprit… C’est nouveau pour moi et je ne sais pas très bien comment gérer ça. Je voulais trouver des réponses à toutes ces questions, faire taire ces voix dans ma tête. Comme je ne pouvais pas me tourner vers mon père pour des suggestions de lecture, je suis allée sur un forum pour les victimes de racisme et j’ai créé un compte anonyme. Très vite, l’isolement et le désir de contact aidant, je me suis fait des amitiés que je n’oublierai jamais. On m’a orientée vers Fanon, Bourdieu, Saïd, bref les classiques… Mes meetings ayant été annulés, j’ai tout lu en deux jours.

« Je suis allée sur un forum pour les victimes de racisme et j’ai créé un compte anonyme. »

Marine Le Pen pour L’Humanité

S. B. S. : C’est vraiment une histoire incroyable et une excellente nouvelle. Mais comment allez-vous assumer vos nouvelles convictions face à votre parti?

M. L. P. : Ce n’est pas un problème. En fait, je me sens forte. Les liens riches de sens que j’ai tissés avec ces merveilleux humains ces derniers temps m’ont galvanisée. J’apprends tous les jours, je me suis même mise au wolof et à la zumba. Mon corps et mon esprit vivent une nouvelle naissance. J’ai reçu plein d’appels de membres du Rassemblement National. Quand les gens se mettaient en colère, je me récitais un poème de Mahmoud Darwich dans la tête et ça me permettait de garder mon calme.

« Je me suis mise au wolof et à la zumba »

Marine Le Pen pour L’Humanité

S. B. S. : Intéressant! Qu’est-ce que vous savez dire en wolof?

M. L. P. : Oh, pour l’instant pas grand-chose… (rire nerveux) J’ai retenu « retourne dans ta maison ». Mais depuis que j’ai révélé ma véritable identité sur le forum, les gens m’ont littéralement adoptée. Je suis leur nouvelle mascotte. Ils sont patients avec moi, ils savent que le changement ne se fera pas en un jour.

S. B. S. : Je vois… Vous tenez tête à votre ancien parti et vous avez fait un geste très fort en faisant don de votre fortune personnelle à S.O.S. Racisme. Mais qu’est-ce que vous allez faire après?

M. L. P. : A présent, je vis au jour le jour. La question du après ne me vient pas tellement à l’esprit… Nous pourrions être morts dans quelques jours… Vous voyez ce que je veux dire. Tout ce qui m’importe, c’est de vivre des bons moments sur l’instant, d’être plus dans l’ouverture et le partage. Ben Simon, vous êtes juif?

S. B. S. : Euh, oui… Et un peu kabyle aussi…

M. L. P. : Ça tombe bien, j’écoute Idir en boucle depuis ce matin! C’est vendredi, on se fait un shabbat à distance?

Slimane Ben Simon pour L’Humanité

* A mon grand désespoir, rien dans cet article n’est vrai.

Se créer un cocon pour mieux se recharger (partie 2)

La suite tant attendue par mes 3 abonné.e.s!

L’odorat

Je pense que vous savez ce qu’il faut faire pour garder une maison propre et la débarrasser d’odeurs gênantes. Cependant, je vous conseillerais d’opter un maximum pour des produits naturels. En plus de respecter la planète, vous pourrez respirer sans problème après avoir fait le ménage, sans avoir besoin d’aérer ou de rester en apnée pendant plusieurs heures. Je ferai peut-être un article plus détaillé prochainement sur le sujet.

L’encens et le papier d’Arménie sont un plaisir à utiliser pour stimuler les sens. Mon préféré est l’encens d’oliban, connu pour son efficacité contre la déprime. Achetez-le de préférence de bonne qualité, il sera moins dangereux pour votre santé. Quant au papier d’Arménie, je prends toujours la version sans parfum ajouté, elle sent déjà très bon. Mon petit rituel est d’en brûler après ma session de ménage hebdomadaire, c’est ma récompense. Évitez par contre les bougies parfumées, encore plus polluantes pour votre intérieur. Si vous voulez des poumons impeccables, investissez plutôt dans un diffuseur d’huiles essentielles. Si vous ne pouvez pas, mettez quelques gouttes dans un bol d’eau sur un radiateur chauffé _ attention quand même. Je vous ferai un petit topo sur les huiles essentielles bientôt, c’est promis. En attendant, la lavande convient très bien pour commencer.

Pensez également à laver de temps en temps vos tissus qui se nettoient à la main. Je n’avais pas lavé mon écharpe depuis des mois, je l’ai fait il y a à peu près une semaine… Et l’eau était noire. Noire de crasse et de pollution, sans doute. Elle ne sentait pas spécialement mauvais, mais je me rendais compte que je respirais sa poussière et que je toussais souvent. J’ai mis quelques gouttes d’huile essentielle dessus et depuis, je prends beaucoup plus de plaisir à la porter, avec comme avantage considérable qu’elle me sert de rempart contre les mauvaises odeurs dans le métro. Son odeur m’apaise aussi quand je suis dans une foule, voire dans une manif, et que je commence à paniquer.

Un dernier petit conseil : pas de plantes dans votre chambre, ou en tout cas pas n’importe lesquelles. Certaines génèrent de l’humidité, ont une odeur assez prenante, et toutes rejettent du dioxyde de carbone la nuit.

Le goût

Je n’écrirai pas trop là-dessus. Le goût passe essentiellement par ce que l’on mange, je crois que vous le savez… Faire attention à ce que l’on met dans sa bouche, manger en pleine conscience, partager un bon repas avec quelqu’un qu’on aime, prendre le temps de cuisiner, tester des spécialités de différents pays, ajouter des épices et des herbes dans ses plats sont autant de manières de stimuler subtilement notre palais. Mon astuce quand je cuisine est de réduire au maximum le sucre et le sel, pour sentir pleinement le goût des ingrédients. Pour compenser, je mets de l’ail dans presque toutes mes recettes salées… Bien sûr vous devez hurler d’horreur en lisant cette ligne. Attention aussi au café, qui diminue la sensibilité du palais. Dans certaines boutiques d’ittar _ parfum sans alcool fabriqué dans plusieurs pays musulmans _ les commerçants vous font même sentir du café entre chaque essai pour annuler l’odeur précédente.

Le toucher

Important, surtout lorsqu’on vit seul.e et qu’on a besoin de douceur…

Mon premier conseil est, si vous le pouvez, d’investir dans des tissus de bonne qualité, tant pour vos vêtements que pour votre linge de lit. Si vous avez des cheveux longs, secs et épais comme les miens, des taies d’oreillers en satin de coton créeront moins de friction, les abîmant moins. La soie fait aussi très bien l’affaire, si vous voulez dépenser tout votre argent. Laver régulièrement votre housse de couette et tout le reste _ une fois toute les deux semaines si vous êtes motivé.e _ enlèvera toutes les petites saletés, les miettes, les cheveux, les grains de poussière, et de là améliorera considérablement la qualité de votre sommeil.

En ce qui concerne les vêtements, ayez au moins chez vous une tenue à votre taille et confortable. J’insiste sur la taille, car même si vous avez tendance à prendre du poids, vous devez adapter les vêtements à votre corps et non l’inverse. Si vous restez dans des vêtements trop serrés, vous allez détester votre corps encore plus et celui-ci vous le rendra en vous en faisant voir de toutes les couleurs. En plus de cela, vous aurez plus de mal à respirer, à vous baisser… ce serait dommage non? Si vous prenez du poids plus vite que vous ne pouvez acheter de nouveaux vêtements, choisissez des tenues élastiques et plutôt larges. Vous êtes chez vous après tout, personne ne vous verra.

Si vous vous sentez d’attaque et que vous ne comptez pas partir en vacances trop souvent, adoptez un chien ou un chat ou n’importe quelle autre boule de douceur à qui vous voulez donner de l’amour. Si la S.P.A. vous rebute, vous pouvez aussi kidnapper un humain.e poilu.e et / ou chevelu.e.

Plus sérieusement, si comme moi vous ne vous sentez pas prêt.e à prendre la responsabilité d’un autre être vivant ou que vous voulez dormir chez vos ami.e.s à l’improviste, achetez-vous un bon plaid au marché et bichonnez-le. Ça fait aussi très bien l’affaire. Et vous n’y serez même pas allergique.

Dans le même registre hivernal, entourez-vous de chaleur : bouillotte, boisson, chaude… Quelque chose qui fonctionne bien pour moi, notamment quand je traverse une déprime passagère ou que je me sens en manque d’affection, est de poser une petite bouillotte sur mon cœur. Ne vous faites pas trop violence pour les économies de chauffage, sauf si vous êtes vraiment à sec. Essayez plutôt de gérer votre consommation électrique intelligemment. Vous n’êtes pas censé.e lutter contre les éléments à l’intérieur de votre maison. Sachez aussi que les personnes hypersensibles ont tendance à plus ressentir le froid et que si vous l’êtes, vous devez l’accepter.

Pour les personnes qui aiment se connecter à leur côté créatif, faites-vous plaisir. Ressentez le contact avec les objets. Écrivez avec un stylo à plume, sur du bon papier, envoyez des lettres, jouez avec des pastels… Comme d’habitude, ne vous entourez pas frénétiquement de nouveaux objets, ne videz pas votre compte bancaire pour vous « sentir mieux », restez en conscience. Si vous commencez avec du papier d’impression et un stylo à bille, très bien. Vous verrez que plus d’idées vous viendront en tête que quand vous tapiez sur l’ordinateur. Un petit bonus qui peut vous apporter beaucoup de joie.

Je termine avec quelque chose de plus prosaïque : les produits nettoyants et le savon. Si vous avez un désir constant d’ordre et de propreté et qu’en plus vous avez la peau sensible, vos mains vont vite être abîmées, pas seulement dans le sens où elles ne seront pas belles, mais où des plaques douloureuses pourraient apparaître. Choisissez donc des produits aussi naturels que possible, avec peu de produits chimiques ou de parfums, de préférence ecolabel _ attention au greenwashing. De même pour les cosmétiques : peu d’ingrédients valent mieux et coûtent (parfois) moins cher qu’une marque. Optez pour des matières premières, comme l’huile d’olive (pour le visage et les mains) ou l’huile de coco (pour à peu près tout). Votre peau vous dira merci.

Et… les vibrations

Quand je dis « vibration » ça fait un peu secte New Age. J’utilise ce mot faute de mieux et parce qu’il permet d’englober pas mal de choses. Prendre ses distances avec les personnes toxiques, simplifier sa vie, nettoyer et ranger régulièrement son appartement, faire le vide en se débarrassant des objets, mais aussi des pensées inutiles… Avec ce mot, les frontières entre le monde matériel et l’esprit, entre l’intérieur et l’extérieur sont brouillées. C’est ce que j’essaie de vous faire comprendre : même si vous pensez qu’une session de nettoyage est inutile, que vous vous en occuperez plus tard, que vous allez perdre du temps à aérer votre pièce ou à faire du tri, ce « trop-plein » va s’accumuler et peser sur vous de manière plus ou moins palpable. Si vous tapez « minimaliste » sur Internet _ que cette tendance vous attire ou non _ vous allez tomber sur de nombreux témoignages de personnes qui, après des années à vivre entourées de tout un surplus d’objets et de poussière, ont soudainement réalisé qu’elles croulaient sous leurs biens matériels qu’elles avaient appris à considérer comme une richesse, voire comme une présence rassurante. Parfois, on n’a pas forcément besoin de plus d’objets pour se sentir en sécurité, mais simplement d’un plus petit espace.

Un article inutile?

Au début, j’étais assez sceptique à l’idée d’écrire cet article. Je ne veux pas trop me concentrer sur le développement personnel dans ma création de contenu. Le danger serait d’inciter les gens à rester dans leur cocon, qu’ils fuient le monde et se réfugient dans leur 20 mètres carré sans avoir la motivation de lutter pour leurs droits ou de faire une différence dans ce monde. J’ai vaguement évoqué ma dépression dans la première partie. Je suis loin d’être un cas à part et je le sais. Une personne sur 5 connaîtra un épisode dépressif majeur au cours de sa vie selon les statistiques actuelles, mais je suis persuadée que nous allons tous passer par là en ce 21ème siècle. Notre environnement est sur-saturé d’informations, nous sommes forcé.e.s à devenir plus productifs que les machines qui devaient nous simplifier la vie et la crise écologique, surtout, est extrêmement anxiogène, que l’on soit ou non dans le déni. L’argent va et vient, mais pas la planète.

J’hésitais également à écrire cet article à la suite de ma lecture de l’excellent livre de Susan Falludi, Backlash. Cet ouvrage de référence qui décrit la chute des conditions de vie des femmes occidentales dans les années 1980 parle notamment de la tendance du « cocooning » née à cette époque. Pour l’autrice, cette injonction à se protéger du burn-out et à surtout rester chez soi, dirigée uniquement vers les femmes, était une manière de renvoyer les femmes à leur foyer et de freiner leur carrière, qui menaçait trop celle des hommes depuis les années 1970.

Or le monde a changé depuis les années 1980, et de nouveaux courants féministes ont émergé. Nous nous sommes rendu compte que le problème était double. Non seulement les postes prestigieux étaient réservés aux hommes, mais la conception du succès dans nos sociétés est extrêmement patriarcale. Tout ce qui est assigné au féminin, qui constitue une contre-culture avec ses propres valeurs et formes d’expression, est systématiquement dénigré. Pourquoi le tricot serait-il une forme de création moins légitime que la haute-couture? Pourquoi les guerriers reçoivent des médailles, alors que les infirmières qui sauvent des vies sont réduites à des fantasmes pornographiques? Récemment, la notion de charge mentale s’est répandue dans le grand public et a fait ressurgir la « chambre à soi » de Virginia Woolf, rappelant la nécessité pour les femmes d’avoir un espace à elles où elles ne seront pas dérangées pour pouvoir se reposer, s’épanouir et CRÉER. Pendant ce temps, les hommes comme les femmes subissent une agression généralisée des sens. Nous avons tous, maintenant, le désir de nous retrancher dans un endroit calme, ne serait-ce que cinq minutes par jour.

Cet article se veut à destination des femmes ET des hommes qui souhaitent améliorer leur cadre de vie par quelques étapes faciles et ludiques, qu’il.elle.s soient en bonne santé mentale ou dépressifs, hypersensibles ou éreintés par le monde moderne. Prendre soin de son lieu de vie est important. Ce sujet mérite bien mieux que quelques placements de produit dans un magazine féminin. J’aimerais beaucoup écrire des articles plus militants dans le futur, mais comme dans la vie réelle, je commence par un tout petit pas juste devant moi. Se sentir bien chez soi permet d’avoir une conscience plus apaisée, de se ressourcer pour laisser place à notre envie d’aller dehors et de contribuer à rendre le monde meilleur.

Et pour alléger tout ça, un petit visuel sympa à télécharger, disponible aussi sur mon Pinterest (suzie-groove, lien dans la légende) :

https://www.pinterest.fr/suziegrooove/

Se créer un cocon pour mieux se recharger

Que vous soyez hypersensible ou que vous vous sentiez agressé.e par un environnement de plus en plus drainant, ces petits conseils peuvent faire de grandes différences.

Nous serions près d’un quart de la population française à être hypersensibles. Cela n’a de rapport ni avec le genre, ni avec l’introversion ou l’extraversion. En revanche, notre hypersensibilité peut se déclencher ou s’accentuer après un traumatisme. Dans mon cas, je vivais cela comme un handicap depuis le plus jeune âge, mais mon inconfort a augmenté depuis ma dépression, à tel point qu’il m’est difficile de rester en cours, dans le métro, dans la rue et même au café.

Je ne vous donnerai pas ici de remède miracle, car je suis encore en chemin. Par contre, je peux vous donner quelques astuces qui fonctionnent pour moi et qui, plutôt que de m’anesthésier, me permettent de stimuler mes sens de la manière que j’ai choisie. Bien sûr, cela fonctionne en majorité quand on est chez soi. Cependant, avoir ce temps où nous pouvons calmement être nous-même sans lutter contre toutes sortes de micro-agressions nous rend apte à sortir de nouveau pour vivre de nouvelles expériences.

Allons-y, en explorant chacun des sens.

La vue

Commençons par le plus facile, le moins intrusif.

Des couleurs ressourçantes

Si vous êtes hypersensible, ne négligez pas l’importance des couleurs. Pour ma part, le violet foncé et le orange me donnent envie de vomir. Ce n’est pas mon imagination, je ne peux pas passer outre ou m’habituer. Je sens la différence selon le type de TGV dans lequel je voyage… Ne faites surtout pas l’erreur d’intérioriser le discours de la société, qui vous dit que vous allez bien finir par vous endurcir et « faire avec ».

Observez l’effet que fait chaque couleur sur vous. Peut-être un meuble, voire un mur en particulier, est désagréable à regarder pour vous. Peut-être qu’à chaque fois que vous passez devant après une longue journée, c’est le coup de grâce. Si vous êtes propriétaire, vous avez de la chance : vous faites ce que vous voulez. Si vous êtes locataire, il va falloir négocier. Dans le cas d’un mur, c’est plus compliqué : si l’appartement tombe en ruines, vous pouvez mettre en avant le fait qu’il faudra bien le rénover un jour et que vous coûterez moins cher que de la main-d’œuvre rémunérée.

Dans un registre moins extrême, vous pouvez suspendre un tableau avec des attaches adhésives, suspendre un tissu de la même façon, mettre un paravent cache-misère, réorganiser l’agencement des meubles… Autant de stratagèmes qui ne laisseront pas de traces. Et bien sûr, vous pouvez repeindre / bomber / vernir un meuble, ou simplement mettre des stickers dessus.

Si vous habitez avec d’autres personnes, assurez-vous d’avoir au moins un coin à vous qui soit agréable à regarder, qui vous apaise. Si vous vivez avec une personne qui a tendance à prendre TOUTE la place _ mais non, je n’ai jamais vécu ça… _ votre espace intime devra être aussi ressourçant que cette personne est épuisante.

Bien entendu, ces solutions sont parfois radicales et prennent du temps à être mises en œuvre. Si ce n’est pas un plaisir pour vous et que vous n’avez pas le temps, ne le faites pas. Le but est de vous sentir bien, pas de vous épuiser.

Une lumière chaleureuse

La lumière a également une importance primordiale. Si vous souffrez de dépression saisonnière, c’est l’élément sur lequel se concentrer en priorité car pour vous, il peut en aller de votre vie. Personnellement, les lampes de luminothérapie n’ont qu’un effet négatif sur moi : la lumière blanche est trop crue, trop artificielle, me brûle les yeux et me déprime.

L’hiver, j’allume donc des bougies, beaucoup de bougies. J’ai plusieurs sources d’éclairage dans la pièce, dont aucun n’est trop agressif. Même la lumière bleue de mon ordinateur est éteinte. De même, j’ai un filtre sur mon téléphone, le plus souvent passé en noir et blanc. Ma liseuse s’adapte à l’heure de la journée et prend une teinte presque rouge le soir. Lire dans le noir me permet de décompresser après une journée sous les néons. Je ferme les volets un peu avant que la nuit tombe, un tour de passe-passe pour me faire oublier qu’elle tombe si tôt.

En réalité, j’ai remarqué que même si je n’ai pas ma dose de lumière naturelle, la beauté de ces lumières artificielles m’apaisent. J’oublie que le monde extérieur est froid et gris, je prends plaisir à me réfugier dans mon cocon hivernal, je me dis qu’être « coincé.e chez soi » a du bon, même du très bon.

Ce qu’il ne faut pas oublier, c’est que j’ai quand même une dose de cheval de vitamine D et un suivi psychologique derrière. Donc si vous avez un problème récurrent de santé mentale, quelques photophores et guirlandes sympathiques ne vous en sortiront pas comme par magie. En revanche, vous passerez un meilleur moment chez vous et vous prendrez soin de vous de manière plus ludique qu’avec les antidépresseurs _ sans la prise de poids, magique, elle, qui vient avec (les effets secondaires peuvent varier selon chaque personne).

Des plantes apaisantes

Promis, j’ai bientôt fini de vous en mettre plein la vue. Mais qu’on le sente ou non, on a tous besoin de verdure. Le simple fait de regarder celle-ci pendant quelques minutes diminue le stress et l’agressivité tout en augmentant la concentration et la créativité. J’imagine que vous vous en rendez compte quand vous allez réviser vos examens à la campagne.

Si vous aimez voyager et qu’arroser vos plantes est la dernière priorité, demandez conseil à votre fleuriste ou renseignez-vous sur Internet. Les miennes _ désolée, j’ai oublié leur nom _ peuvent survivre une ou deux semaines toutes seules même en été, ce qui me permet de vagabonder tranquille. Comme je ne veux pas perdre trop de temps à l’entretien des plantes, j’ai aussi acheté quelques plantes artificielles _ je sais, c’est mal _ au bazar _ encore plus mal.

Si vous êtes assez expert.e, profitez-en pour faire pousser des plantes aromatiques, belle synesthésie entre la vue, le goût et l’odorat, en plus d’être économique sur le long terme.

L’ouïe

D’un extrême à l’autre, venons-en maintenant au plus intrusif et au plus délicat à contrôler.

La cohabitation…

Si vous avez un coloc particulièrement bruyant et qui vous répond : « va te faire soigner » quand vous lui demandez gentiment de baisser le son _ pas du tout, mais pas du tout une expérience personnelle_, à part trouver un autre logement au plus vite, vous n’avez qu’un seul choix en attendant : l’évitement.

Pour la nuit, il vous faut investir dans des boules Quies de bonne qualité et pour le jour dans un casque Bluetooth. Si il y a un conseil à retenir de tout cet article qui peut véritablement changer votre vie, c’est celui-là. Je ne me suis pas contentée d’acheter mes boules Quies en pharmacie, je me suis renseignée pour prendre un modèle conçu pour les travaux. En plus d’être réutilisables pour mes sessions de bricolage, elles m’ont finalement coûté bien moins cher. Quant au casque Bluetooth, il m’a empêchée de sauter à la gorge de mon coloc. Le mien est équipé d’une technologie anti-bruit. Pourquoi un casque? Il vous isolera bien mieux que des écouteurs. Pourquoi Bluetooth? Vous pouvez vous déplacer librement dans toute la maison. J’étais récalcitrante à cette «  » »nouvelle » » » technologie au début, mais je ne peux que la prêcher dans le monde entier depuis.

Si vous vivez avec quelqu’un de plutôt respectueux mais qui adore écouter les infos ou regarder des vidéos le matin, ne faites plus de cette situation un tabou, en vous disant que c’est à vous de vous adapter. Je suis sûre que votre hypersensibilité est un atout pour cette personne, que ce soit parce que cela vous rend particulièrement prévenant.e, ordonné.e, empathique ou bon.ne cuisinièr.e. Donc oui, vous avez quelques exigences, mais de l’autre côté vous êtes sans doute plus agréable que le.a cohabitant.e moyen.ne. Vous êtes donc dans votre droit en demandant respectueusement à cette personne de faire des compromis. Vous pouvez vous mettre d’accord sur un niveau sonore, définir des horaires, des jours dans la semaine pour chacun.e _ un matin silencieux, un matin bruyant _ ou simplement demander à cette personne de mettre des écouteurs. Quoi qu’il en soit, vous devez trouver un juste milieu qui vous permettra de ne plus souffrir de cette situation.

Si vous êtes dans une résidence étudiante au milieu de jeunes adultes énergiques et pleins de vie _ un euphémisme _ , n’ayez aucune culpabilité à les dénoncer de manière anonyme. De toute façon, ils ne recevront qu’un avertissement la première fois. Vous êtes là pour étudier après tout. De plus, vous méritez cette place, que vous vous soyez battu.e pour être accepté.e dans un internat, que vous ayez bataillé avec l’administration du CROUS ou que vous soyez à l’étranger en train d’endetter vos parents ou de travailler à mi-temps. Si les responsables sont trop laxistes et que c’est le clan des Bruyants qui gagne, vous pouvez toujours demander à être changé.e de chambre ou d’étage.

Le bruit que vous choisissez

L’hyperacousie (le fait de tout entendre de manière accentuée) est un bon gros handicap. Mais c’est aussi un sacré don.

Maintenant que vous avez limité les bruits qui vous dérangent, avec plus ou moins de succès selon votre situation, vous pouvez vous entourer de ce que vous aimez, que ce soit chez vous ou ailleurs. Profitez de cette singularité que vous possédez pour vous ouvrir à tout un univers auditif : des musiques du monde entier ou de différentes époques, le bruit de la nature (en vrai ou enregistré), différentes langues… Danser, chanter, jouer d’un instrument, courir en musique vous permettra de canaliser cette force.

Sachez également que si cela devient trop insupportable pour vous au point de devoir rater des cours ou d’avoir à demander le télétravail, vous pouvez vous battre pour obtenir un diagnostic auprès de la médecine du travail si vous êtes salarié.e ou dans les autres cas, simplement auprès d’un ORL. Ce sont toujours des démarches laborieuses mais qui en valent la peine.

Bon en fait, j’ai été assez occupée entre la fin de ma formation et le début des mesures d’urgence contre le coronavirus en France. En relisant mon article, je me rends compte qu’il gagnerait à être scindé en deux parties. En effet, il est rare de passer autant de temps sur un même sujet. Surtout pour moi… Si j’ai choisi de le faire, c’est parce que cela va bien au-delà de la simple déco d’intérieur, et j’en ai fait les frais. Ne vous laissez pas tuer à petit feu par votre environnement en vous disant que vous n’avez qu’à être plus résistant.e « comme tout le monde ». Je reviendrai avec d’autres types d’articles bientôt mais en attendant, je publierai prochainement la partie deux.

N’hésitez pas à me faire un retour sur cette première partie, sur des aspects que vous souhaitez que j’aborde. En attendant, prenez bien, bien, bien soin de vous.

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