Qui est vraiment Lilith ?

Haut-relief antique montrant une divinité féminine ailée avec des serres d'oiseau en guise de pieds
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A l’occasion de la Journée Internationale des Droits des Femmes, voici une série d’articles sur la figure de Lilith et les interprétations qui en ont été faites. Nous allons commencer notre voyage en Mésopotamie, passer par la Perse et l’Europe de l’Est médiévales avant de finir en France et aux États-Unis. Chaque article peut être lu indépendamment et possède son propre style.

Photo : haut-relief de Burney, conservé au British Museum à Londres

Parler de Lilith, c’est se frayer un chemin entre les opinions des historien.nes, des féministes et des personnes religieuses. Que penser de leurs interprétations contradictoires ? Femme forte injustement refoulée par les textes sacrés ou simple démon ? Il me semble que les différentes manières d’écrire son histoire sont plus révélatrices qu’un portrait-type de la Lilith véritable.

Les légendes anciennes

Pour bien comprendre les débats modernes sur l’image de Lilith, il est important de connaître ses origines. Dès les textes les plus anciens, Lilith a de nombreux noms, épithètes et fonctions.

L’orthographe des noms peut varier, ceux-ci venant de langues sémitiques anciennes dont la transcription est éloignée du français.

Les Lils

Dans l’Empire Akkadien, les Lils représentent les grandes forces hostiles de la nature : le vent, la tempête, l’orage. Ils sont considérés comme les ancêtres de Lilith. La langue akkadienne ne comportant pas de distinction de genre, ces entités sont probablement asexuées.

Les démons Lilu

Il s’agit de la première mention de Lilith. On peut retrouver sa trace jusqu’en 2400 avant Jésus-Christ en Mésopotamie. Ces démons, trois femelles et un mâle, charment les humains dans leur sommeil pour produire des enfants grotesques.

C’est à la même époque que l’on trouve des bols de « divorce » sur lesquels sont gravées des incantations pour séparer Lilith des hommes qu’elle séduit.

Lilitou et Lilou

L’être féminin Lilitou et l’être masculin Lilou sont deux créatures complémentaires qui formeront plus tard Lillith. La femelle a les seins remplis de poison. On les trouve d’abord dans L’Épopée de Gilgamesh.

Lilitu est également au service d’Ishtar / Inanna / Inini. Elle est, dans certaines versions, la « courtisane sacrée du temple de la déesse ». Sa mention serait la première évocation de la lascivité (prostitution) féminine.

Ailu / Ailo

Il s’agit d’un démon asexué. Selon les versions, iel est soit Lilith sous un nom secret, soit sa fille. Iel rend visite aux hommes la nuit pour enfanter des démons. Plus tard, Ailu sera considéré.e comme femelle.

Lilith Lamatsu

Dans les textes babyloniens, l’épithète Lamatsu correspond à l’arracheuse d’enfants, qui les tue dans leur foyer. C’est cette forme de Lilith qui pourrait être représentée par le haut-relief de Burney.

Lilith Ishtar

Il s’agit de l’aspect le plus tardif de Lilith. Servante de la déesse Ishtar, elle contrôle les fonctions reproductives des hommes en les envoûtant.

Étymologie

Le plus souvent, on considère que le mot « Lilith » vient de « layil », la nuit en proto-sémitique. Or, il est également connecté au mot « tempête », ce qui fait sens lorsque l’on pense aux Lils.

Une explication plus probable est l’affinité de « Lilith » avec les mots assyriens « lulti », lascivité, et « loulou », libertinage. On penserait alors à Lilith Ishtar ou à Lilitou.

Légendes israélites et pré-israélites

Lilith est souvent décrite nue avec les cheveux en bataille, des seins pointus et un sexe marqué, soit un contre-modèle pour les femmes israélites. Pour celles-ci, Lilith peut tuer leurs enfants, comme Lamatsu.

Il existe alors des bols incantatoires et des amulettes protectrices pour éloigner le démon de la maison, en particulier dans les campagnes. Vers 900 avant Jésus-Christ, ces pratiques sont répandues.

En Irak, on retrouve notamment une inscription aramaïque pour protéger la demeure d’un dénommé Zakoy : « liée est la sorcière Lilith ». Effectivement, cette dernière est parfois représentée avec les chevilles enchaînées.

Que penser de toutes ces formes primitives ?

On peut rester perplexe face à l’immense variété des aspects de Lilith : démon, sorcière, prostituée, force de la nature… Entité hostile ou servante d’une déesse, on retrouve presque systématiquement une association entre la séduction et la mort. Serait-elle la première « femme fatale » de l’Histoire ?

Pour répondre à cette question, il faudrait se pencher sur sa présence dans les textes religieux monothéistes, ce qui sera le sujet du prochain chapitre. Je vais publier ces articles thématiques au fur et à mesure de la semaine, ce qui nous donnera l’occasion de prolonger au moins un peu la Journée des Droits des Femmes.

Vous pouvez accéder à la deuxième partie ici.

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