Se créer un cocon pour mieux se recharger

Livre et lampe-lune

Que vous soyez hypersensible ou que vous vous sentiez agressé.e par un environnement de plus en plus drainant, ces petits conseils peuvent faire de grandes différences.

Nous serions près d’un quart de la population française à être hypersensibles. Cela n’a de rapport ni avec le genre, ni avec l’introversion ou l’extraversion. En revanche, notre hypersensibilité peut se déclencher ou s’accentuer après un traumatisme. Dans mon cas, je vivais cela comme un handicap depuis le plus jeune âge, mais mon inconfort a augmenté depuis ma dépression, à tel point qu’il m’est difficile de rester en cours, dans le métro, dans la rue et même au café.

Je ne vous donnerai pas ici de remède miracle, car je suis encore en chemin. Par contre, je peux vous donner quelques astuces qui fonctionnent pour moi et qui, plutôt que de m’anesthésier, me permettent de stimuler mes sens de la manière que j’ai choisie. Bien sûr, cela fonctionne en majorité quand on est chez soi. Cependant, avoir ce temps où nous pouvons calmement être nous-même sans lutter contre toutes sortes de micro-agressions nous rend apte à sortir de nouveau pour vivre de nouvelles expériences.

Allons-y, en explorant chacun des sens.

La vue

Commençons par le plus facile, le moins intrusif.

Des couleurs ressourçantes

Si vous êtes hypersensible, ne négligez pas l’importance des couleurs. Pour ma part, le violet foncé et le orange me donnent envie de vomir. Ce n’est pas mon imagination, je ne peux pas passer outre ou m’habituer. Je sens la différence selon le type de TGV dans lequel je voyage… Ne faites surtout pas l’erreur d’intérioriser le discours de la société, qui vous dit que vous allez bien finir par vous endurcir et « faire avec ».

Observez l’effet que fait chaque couleur sur vous. Peut-être un meuble, voire un mur en particulier, est désagréable à regarder pour vous. Peut-être qu’à chaque fois que vous passez devant après une longue journée, c’est le coup de grâce. Si vous êtes propriétaire, vous avez de la chance : vous faites ce que vous voulez. Si vous êtes locataire, il va falloir négocier. Dans le cas d’un mur, c’est plus compliqué : si l’appartement tombe en ruines, vous pouvez mettre en avant le fait qu’il faudra bien le rénover un jour et que vous coûterez moins cher que de la main-d’œuvre rémunérée.

Dans un registre moins extrême, vous pouvez suspendre un tableau avec des attaches adhésives, suspendre un tissu de la même façon, mettre un paravent cache-misère, réorganiser l’agencement des meubles… Autant de stratagèmes qui ne laisseront pas de traces. Et bien sûr, vous pouvez repeindre / bomber / vernir un meuble, ou simplement mettre des stickers dessus.

Si vous habitez avec d’autres personnes, assurez-vous d’avoir au moins un coin à vous qui soit agréable à regarder, qui vous apaise. Si vous vivez avec une personne qui a tendance à prendre TOUTE la place _ mais non, je n’ai jamais vécu ça… _ votre espace intime devra être aussi ressourçant que cette personne est épuisante.

Bien entendu, ces solutions sont parfois radicales et prennent du temps à être mises en œuvre. Si ce n’est pas un plaisir pour vous et que vous n’avez pas le temps, ne le faites pas. Le but est de vous sentir bien, pas de vous épuiser.

Une lumière chaleureuse

La lumière a également une importance primordiale. Si vous souffrez de dépression saisonnière, c’est l’élément sur lequel se concentrer en priorité car pour vous, il peut en aller de votre vie. Personnellement, les lampes de luminothérapie n’ont qu’un effet négatif sur moi : la lumière blanche est trop crue, trop artificielle, me brûle les yeux et me déprime.

L’hiver, j’allume donc des bougies, beaucoup de bougies. J’ai plusieurs sources d’éclairage dans la pièce, dont aucun n’est trop agressif. Même la lumière bleue de mon ordinateur est éteinte. De même, j’ai un filtre sur mon téléphone, le plus souvent passé en noir et blanc. Ma liseuse s’adapte à l’heure de la journée et prend une teinte presque rouge le soir. Lire dans le noir me permet de décompresser après une journée sous les néons. Je ferme les volets un peu avant que la nuit tombe, un tour de passe-passe pour me faire oublier qu’elle tombe si tôt.

En réalité, j’ai remarqué que même si je n’ai pas ma dose de lumière naturelle, la beauté de ces lumières artificielles m’apaisent. J’oublie que le monde extérieur est froid et gris, je prends plaisir à me réfugier dans mon cocon hivernal, je me dis qu’être « coincé.e chez soi » a du bon, même du très bon.

Ce qu’il ne faut pas oublier, c’est que j’ai quand même une dose de cheval de vitamine D et un suivi psychologique derrière. Donc si vous avez un problème récurrent de santé mentale, quelques photophores et guirlandes sympathiques ne vous en sortiront pas comme par magie. En revanche, vous passerez un meilleur moment chez vous et vous prendrez soin de vous de manière plus ludique qu’avec les antidépresseurs _ sans la prise de poids, magique, elle, qui vient avec (les effets secondaires peuvent varier selon chaque personne).

Des plantes apaisantes

Promis, j’ai bientôt fini de vous en mettre plein la vue. Mais qu’on le sente ou non, on a tous besoin de verdure. Le simple fait de regarder celle-ci pendant quelques minutes diminue le stress et l’agressivité tout en augmentant la concentration et la créativité. J’imagine que vous vous en rendez compte quand vous allez réviser vos examens à la campagne.

Si vous aimez voyager et qu’arroser vos plantes est la dernière priorité, demandez conseil à votre fleuriste ou renseignez-vous sur Internet. Les miennes _ désolée, j’ai oublié leur nom _ peuvent survivre une ou deux semaines toutes seules même en été, ce qui me permet de vagabonder tranquille. Comme je ne veux pas perdre trop de temps à l’entretien des plantes, j’ai aussi acheté quelques plantes artificielles _ je sais, c’est mal _ au bazar _ encore plus mal.

Si vous êtes assez expert.e, profitez-en pour faire pousser des plantes aromatiques, belle synesthésie entre la vue, le goût et l’odorat, en plus d’être économique sur le long terme.

L’ouïe

D’un extrême à l’autre, venons-en maintenant au plus intrusif et au plus délicat à contrôler.

La cohabitation…

Si vous avez un coloc particulièrement bruyant et qui vous répond : « va te faire soigner » quand vous lui demandez gentiment de baisser le son _ pas du tout, mais pas du tout une expérience personnelle_, à part trouver un autre logement au plus vite, vous n’avez qu’un seul choix en attendant : l’évitement.

Pour la nuit, il vous faut investir dans des boules Quies de bonne qualité et pour le jour dans un casque Bluetooth. Si il y a un conseil à retenir de tout cet article qui peut véritablement changer votre vie, c’est celui-là. Je ne me suis pas contentée d’acheter mes boules Quies en pharmacie, je me suis renseignée pour prendre un modèle conçu pour les travaux. En plus d’être réutilisables pour mes sessions de bricolage, elles m’ont finalement coûté bien moins cher. Quant au casque Bluetooth, il m’a empêchée de sauter à la gorge de mon coloc. Le mien est équipé d’une technologie anti-bruit. Pourquoi un casque? Il vous isolera bien mieux que des écouteurs. Pourquoi Bluetooth? Vous pouvez vous déplacer librement dans toute la maison. J’étais récalcitrante à cette «  » »nouvelle » » » technologie au début, mais je ne peux que la prêcher dans le monde entier depuis.

Si vous vivez avec quelqu’un de plutôt respectueux mais qui adore écouter les infos ou regarder des vidéos le matin, ne faites plus de cette situation un tabou, en vous disant que c’est à vous de vous adapter. Je suis sûre que votre hypersensibilité est un atout pour cette personne, que ce soit parce que cela vous rend particulièrement prévenant.e, ordonné.e, empathique ou bon.ne cuisinièr.e. Donc oui, vous avez quelques exigences, mais de l’autre côté vous êtes sans doute plus agréable que le.a cohabitant.e moyen.ne. Vous êtes donc dans votre droit en demandant respectueusement à cette personne de faire des compromis. Vous pouvez vous mettre d’accord sur un niveau sonore, définir des horaires, des jours dans la semaine pour chacun.e _ un matin silencieux, un matin bruyant _ ou simplement demander à cette personne de mettre des écouteurs. Quoi qu’il en soit, vous devez trouver un juste milieu qui vous permettra de ne plus souffrir de cette situation.

Si vous êtes dans une résidence étudiante au milieu de jeunes adultes énergiques et pleins de vie _ un euphémisme _ , n’ayez aucune culpabilité à les dénoncer de manière anonyme. De toute façon, ils ne recevront qu’un avertissement la première fois. Vous êtes là pour étudier après tout. De plus, vous méritez cette place, que vous vous soyez battu.e pour être accepté.e dans un internat, que vous ayez bataillé avec l’administration du CROUS ou que vous soyez à l’étranger en train d’endetter vos parents ou de travailler à mi-temps. Si les responsables sont trop laxistes et que c’est le clan des Bruyants qui gagne, vous pouvez toujours demander à être changé.e de chambre ou d’étage.

Le bruit que vous choisissez

L’hyperacousie (le fait de tout entendre de manière accentuée) est un bon gros handicap. Mais c’est aussi un sacré don.

Maintenant que vous avez limité les bruits qui vous dérangent, avec plus ou moins de succès selon votre situation, vous pouvez vous entourer de ce que vous aimez, que ce soit chez vous ou ailleurs. Profitez de cette singularité que vous possédez pour vous ouvrir à tout un univers auditif : des musiques du monde entier ou de différentes époques, le bruit de la nature (en vrai ou enregistré), différentes langues… Danser, chanter, jouer d’un instrument, courir en musique vous permettra de canaliser cette force.

Sachez également que si cela devient trop insupportable pour vous au point de devoir rater des cours ou d’avoir à demander le télétravail, vous pouvez vous battre pour obtenir un diagnostic auprès de la médecine du travail si vous êtes salarié.e ou dans les autres cas, simplement auprès d’un ORL. Ce sont toujours des démarches laborieuses mais qui en valent la peine.

Bon en fait, j’ai été assez occupée entre la fin de ma formation et le début des mesures d’urgence contre le coronavirus en France. En relisant mon article, je me rends compte qu’il gagnerait à être scindé en deux parties. En effet, il est rare de passer autant de temps sur un même sujet. Surtout pour moi… Si j’ai choisi de le faire, c’est parce que cela va bien au-delà de la simple déco d’intérieur, et j’en ai fait les frais. Ne vous laissez pas tuer à petit feu par votre environnement en vous disant que vous n’avez qu’à être plus résistant.e « comme tout le monde ». Je reviendrai avec d’autres types d’articles bientôt mais en attendant, je publierai prochainement la partie deux.

N’hésitez pas à me faire un retour sur cette première partie, sur des aspects que vous souhaitez que j’aborde. En attendant, prenez bien, bien, bien soin de vous.

Publié par suziegroove

Touche-à-tout intéressée par l'écriture, la cuisine et la programmation. J'essaie de créer des tutos simples et pratiques tout en vous partageant mon expérience.

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